Et si on préfère des choses plus récentes (enfin...), on a toujours les lectures de Céline... De Luchini aussi, mais pas seulement. Avant lui, c'est Michel Simon ou Arletty, amis de l'auteur, qui le lirent. à nous d'écouter.
Depuis le temps qu'on l'attendait, Tom! Vous avez saissi? Waits... attendait... non? Bref.Le nouveau Tom Waits arrive bientôt. Il y a quelques jours, une annonce nous demandait de patienter jusqu'au 23 aout, ce que nous fimes de bonne grâce (on avait pas tellement le choix de toute façon). Tom nous conviait à une petite sauterie privée pour la découverte de son premier extrait, Bad as me. Alors voilà:
C'est vrai que youtube, dans le genre privé, on a vu mieux... on avait eu droit à conférence de presse très spéciale pour la tournée précédente:
Heureusement on peut entendre le single complet ici, et même la liste des chansons de l'album. Album qui, vous pouvez le lire, sort le 25 octobre, date anniversaire de votre serviteur. Je dis ça, je dis rien. Merci Tom! Pour fêter ça, quelques photos sympas du maitre.
C'est en ouvrant notre deuxième bouteille de saké que nous arrivâmes à cette conclusion, un ami et moi: "-C'est fou l'influence de l'acteur dans le cinéma de Kurosawa. - oui mais il est également à la croisée des chemins orient / occident!". Osez dire le contraire! *
Mais au fait, qui est Kurosawa? ce bon vieux Akira est né en 1910, et grandit dans une famille tournée vers le cinéma. Son père, professeur, est passionné par la culture occidentale (théâtre, cinéma, littérature), son frère Heito est Benshi, commentateur de films muets. En 1933, quand ceux-ci sont dépassés, il est au chômage et se suicide. sur une famille de 7 enfants, 3 mourront.
Il n'y a pas que dans le cadre familial qu'on meurt. Le séisme de Kanto en 1923 et ses cadavres dans les rues marqueront aussi énormément le jeune Akira.
La légende du grand Judo
S'il se destine d'abord à la peinture, il se tourne bien vite vers le cinéma, et devient assistant-réalisateur. Il se passe 5 ans avant qu'il devienne lui-même réalisateur avec La légende du grand judo, qui passera sous le sabre de la censure, jugé trop anglo-saxon. 18 minutes passent à la trappe, et n'ont jamais été retrouvées.
Après quelques films encore marqués par la censure (japonaise puis américaine), c'est avec L'Ange Ivre que Kurosawa a l'impression, pour la première fois, de faire exactement ce qu'il veut. C'était sans doute sans compter sur Toshiro Mifune, qui joue ici un jeune yakuza prétentieux et domine le film par sa présence. C'est le début d'une collaboration qui s'étalera sur 18 ans et 16 films. Kurosawa déclara: ""Avec la performance de Toshiro Mifune dans le rôle du gangster, c'est le premier film dans lequel mon idée originale a été complètement bouleversée. La performance de Takashi Shimura dans le rôle du docteur était excellente, mais on ne pouvait pas lutter contre la force naturelle de la performance de Mifune. Comme le titre l'indique, c'est le docteur qui était supposé être le héros du film. Mais il aurait été honteux de tenter de restreindre la vitalité de Mifune..."
Takashi Shimura et Toshiro Mifune dans l'ange ivre...
puis dans Chien enragé
Kurosawa dès lors ne se passe plus de Mifune. Du jeune policier peu sûr de lui (Chien enragé) au chef de famille effrayé par une guerre nucléaire (Vivre dans la peur) en passant par un jeune samourai arrogant (les 7 samourais) ou encore un général dévoué à sa princesse (La forteresse cachée), Mifune jouera tout. Souvent grimé, parfois méconnaissable, on ne peut pas parler du réalisateur sans parler de son acteur fétiche. Mifune s'impose autant que son réalisateur: si Rashomon et sa narration si particulière fait sortir Kurosawa du Japon (Lion d'or en 1951 à Venise et Oscar du meilleur film étranger en 1952), impossible de ne pas se souvenir de Mifune dans le rôle du brigand fou.
Pour Yojimbo et Sanjuro, Mifune reprend deux fois le rôle de samourai dilettante et sera adapté par Sergio Leone dans le fameux Pour une poignée de dollars. Son rôle dans la forteresse cachée inspirera George Lucas pour le personnage d'Obi-Wan Kenobi, et songea même à lui confier le rôle.
Leur collaboration s'arrête finalement avec Barberousse en 1965. Les différends sont divers, en particulier sur l'interprétation du personnage, Mifune le voulant actif voire violent et Kurosawa plus posé, sage. Il faut noter que Mifune s'est laissé pousser la barbe pendant 2 ans pour le projet, ne pouvant accepter d'autres rôles.
Rashomon
Mifune méconnaissable dans Vivre dans la peur
Yojimbo
Barberousse, dernière collaboration
Kurosawa ne refera plus d'autres films avant 5 ans avec Dodes Kaden, premier film en couleur, echec critique et commercial, qui le poussera à faire une tentative de suicide. 5 ans, c'est son nouveau rythme de production pour ses derniers films, après en avoir fait un par an pendant 20 ans.
les 7 samourais, c'est avant tout des questions pertinentes.
L'intérêt de Kurosawa se retrouve dans le double reproche qui lui fut adressé au début de sa carrière: trop occidental pour les japonais, trop japonais pour les occidentaux. les censures venant des deux cotés de la guerre nous apprend beaucoup sur le bonhomme. On l'a dit, il fut marqué par la culture occidentale grâce à son père. Shakespeare notamment (dont il adaptera plusieurs pièces: le château de l'araignée, Ran...), ou les polars (difficile de ne pas voir dans le personnage de Takashi Shimura dans Chien enragé un peu du commissaire Maigret) seront des sources influentes, comme la littérature russe (adaptation de L'idiot et Les bas-fonds, respectivement de Dostoïevski et Gorki).
paumé dans les soirées de l'ambassadeur
Takashi Shimura, l'autre acteur fétiche dans Vivre.
la question sociale est au centre du cinéma de Kurosawa
Marqué par le cinéma de John Ford, il sera lui-même une source d'influence pour le cinéma américain: on l'a dit, des adaptations de Yojimbo, des 7 samourai, des influences tant techniques que scénaristiques pour Star Wars (transitions en volets, duo comique des paysans / robots...). On retrouve des éléments du mariage de Les salauds dorment en paix dans Le parrain...
Kurosawa et Mifune se retrouvent en 1993 à l'enterrement d'un ami commun. Réconciliations. Ils ont du se demander pourquoi ils ne s'étaient pas parlés pendant aussi longtemps...
* Bon en fait on buvait de la bière en comparant die hard et l'arme fatale mais c'est l'intention qui compte.
Alors que les jours sont mornes, que l'on fête la mort de Brassens que la majorité de la chanson française s'évertue à pondre de la poésie à base de "l'eau de tes larmes avait un gout de mer", "tu es le soleil qui m'illumine" ou encore "toi + moi + tous ceux qui m'ont filé du blé", il existe encore quelques indestructibles combattant oeuvrant pour le texte, et il faut les en remercier, surtout quand ils passent sur scène. Au passage, j'espère que vous appréciez les extraits du futur album de Obispo. A moins que ce ne soit Pagny?
Well, en guise de nouvelle chanson française, Il me semble que François Morel, Sanséverino, Juliette ou encore Thomas Fersen guident un peu la barque. C'est à dire, des gens qui cachent difficilement leur cinquantaine... Est ce une raison pour leur en vouloir? Certes non, les bougres tenant sur scène plus longtemps que les petits jeunes.
Prenez Sanseverino par exemple. Deux heures de concert accompagné d'un contrebassiste alors qu'il s'active à la guitare et aux pédales en guise de batterie. Deux possibilités: soit les musiciens prennent des cachets de plus en plus cher, soit le bonhomme à de l'énergie à revendre. En ponctuant ses chansons de remarques pas toujours très polies sur le président, le nucléaire, le SAC, ou encore les abonnés des théâtres, le petit Stéphane rappelle ce que c'est que mettre l'ambiance sans chanter des conneries. C'est tout à son honneur.
Mais alors, forcément, il faut en passer par une drôle de chose. Le cas Thomas Fersen. Celui-là ne passe pas à la télévision, presque pas à la radio, mais se retrouve disque d'or systématiquement et comme par enchantement. Je suis au paradis, dit-il dans son dernier album. On comprend mieux pourquoi la foule le suit en concert.
Petite précision: le constat suivant est fait après deux concerts de cette tournée (et quelques autres avant mais chut). Il nous parle de tueurs, de monstres, de vampires, mais difficile de ne pas voir en lui un envouteur. A la cigale, dès la fin de la première partie, la tension monte. Des applaudissements fusent, fuites incontrôlables. Ils continuent, s'accélèrent, on tape du pied. les roadies vérifiant les derniers réglages sont acclamés joyeusement. Les rideaux s'ouvrent, laissant place aux instruments: à gauche, on retrouve les guitares de Pierre Sangra, le fidèle. Derrière, c'est la batterie de Christophe Cravero, le multi-instrumentiste, d'habitude derrière les claviers, le violon ou la guitare (oui, tout ça). Comme il ne peut pas s'en empêcher, il a aussi un petit clavier près de lui. A droite, au fond, on trouve une estrade, où Alexandre Barcelona, "le rossignol de Santander" officie à l'orgue et à l'accordéon. Une place encore, pour le violon de Véronique Mafart, seule nouvelle venue de la bande. Et au centre... un piano géant, dont la queue démesurée nous rappelle que Fersen nous entraine dans un voyage aussi romantique que fantastique. Des tentures blanches encadrent la scène. Un dernier arrivant, enfin: le Ukulélé.Il est acclamé.
Une musique romantique se fait entendre, et imperceptiblement, les lumières s'éteignent. Le public trépigne. Alors, un orage se déchaine, nous ne sommes plus dans une salle de spectacle mais dans une forêt, sous la pluie. Un homme s'approche, sous un parapluie. Un petit coin de paradis pour un coin de parapluie? Acclamé, Fersen nous conte une mésaventure facheuse, une mauvaise rencontre dans une auberge, une femme qui en veut à sa vie. Les musiciens se placent, le publie écoute, religieusement. Dès la fin de l'histoire, "Barbe bleue" entre en scène, puis "Dracula".
L'ambiance est posée... pas pour longtemps, car le Ukulélé est saisi immédiatement. Fersen nous bénit avec, fameux goupillon. Le public reprend en choeur les classiques, "le chat botté", "saint Jean du doigt", "croque", "la chauve souris". De nouvelles chansons s'introduisent dans cette suite, "les loups garous" rejoignent déjà le panthéon. Se calmant un peu, Fersen nous conte l'histoire de Billy the kid, déjà présente sur la tournée précédente mais écartée de l'album (on se demande pourquoi). Seul sur scène, il nous narre aussi l'histoire du dresseur de lion (Ces bêtes là, on s'y attache / faut respecter leur territoire / faut pas leur tirer les moustaches / ni leur mettre un suppositoire).
Les nouveaux thèmes de l'ami Fersen s'installent, eux aussi. "L'enfant sorcière", conte plein de mystère, enchante autant que "Une autre femme", histoire de momie égyptienne recomposée. Dans un cas comme dans l'autre, l'écoute est attentive. Si l'on connait la fin grâce au disque, la conclusion fonctionne encore toujours: la vieille momie égyptienne / c'était le clou du cauchemar / elle s'appelait madame Lucienne / elle était née à Clamart.
Le public étant sous le charme, c'est Félix qui fait son apparition. Au refrain repris en coeur par le public, Le maitre de cérémonie rétorque "non, c'est moi qui jouis". Réclamant ensuite un baiser dans une chanson aussi inédite que déroutante, il se fait encore vieillard et séducteur (dis moi ma petite Agnès / pour le qu'en-dira-t-on / je t'appellerais ma nièce / tu m'appelleras tonton), et nous propose d'aller nous coucher. le "Non!" est catégorique. "Qui parle de dormir?", lance-t-il goguenard. Mais même pour ça, on ne le lâche pas. Alors, il faudra aller jusqu'au bout, jusqu'aux "malheurs du lion", traditionnelle chanson finale. "Vous connaissez la fin?" les habitués répondent non, pas dupe, car un oui serait récompensé d'un "alors on s'en va". On connait la fin mais aussi la farce.
ce n'est pas assez, il faut revenir, encore. Alors, Fersen relance l'orage du début, prend sa baguette magique et dans un nuage de fumée, disparait. Et nous sommes heureux. On a mal aux mains, mais de façon heureuse.